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E-réputation, la mentalité Judge Dredd
Les esprits s’échauffent facilement sur le web ces derniers temps.
Lorsque l’on se contente d’émettre des commentaires en bas de page sur un article de presse, quand bien même le style évoquerait La Tourette, les conséquences sont faibles. Cependant, il semble que de plus en plus certains internautes se rendant compte de la puissance du medium décident d’aller plus loin, de châtier pour tout dire l’objet de leur : courroux, haine, haine, frustration, mécontentement, indignation et j’en passe.
L’Internaute se transforme alors en une créature mutante, une sorte de justicier virtuel à la fois législateur, policier, juge et bourreau. Il trouve son « présumé » coupable au travers d’un tweet, d’un post de blog et très rapidement décide en se basant uniquement sur sa « morale » propre, de la sanction qu’il s’agit d’infliger.
Les sanctions sont extrêmement variées :
- Lancement d’une rumeur ou d’un bad buzz
- Création de billets de blogs négatifs en mobilisant sa communauté pour les relayer
- Création de blogs dédiés et dénonciateurs
- Attaques informatiques
- Etc.
Des comportements souvent moutonniers et instantanés qui réduisent à néant le temps de la réflexion. La foule aime lyncher sur le Net comme ailleurs. Comme toujours avec le Web le risque est que ces emportements momentanés laissent des traces bien durables pour les individus et les entreprises qui en sont victimes.
Entacher une e-réputation est chose facile, ne sombrons pas dans cette facilité. Réfléchir, laisser redescendre la passion, attendre avant de juger comme toute justice se doit de le faire, tels sont les principes éthiques que chacun se devrait de respecter dans un monde où tout nous pousse à aller vite.
Ne nous comportons pas comme Judge Dredd au risque de multiplier les bavures et d’adopter un comportement totalitaire.
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Du virtuel au réel: le Syndrome du Sniper
- Quel sentiment éprouves-tu en voyant s’écrouler la victime ?
- Je ne la vois pas. Je tire et je déménage aussitôt. Je ne sais même pas si je l’ai manquée, tuée ou blessée. Je ne l’apprends qu’après, par les miliciens en observation ou par la radio. Si bien que c’est pas terrible de tirer. Ca ne veut rien dire, ça ne représente rien. Il y a une concentration extrême avant. Mais dès que la balle est partie, c’est fini. Ce n’est plus mon problème. Je plie bagage en vitesse. C’est comme si je ne voyais pas la guerre. Je cherche un autre poste, je tire à nouveau et, deux ou trois heures plus tard, je reviens au premier. J’ai oublié tout ce qui s’est passé là. On a dégagé le terrain. J’attends le suivant. Et le soir, je dormirai très bien.
Ces propos à l’indicible cruauté sont de Marwan un sniper qui sévissait dans Beyrouth en guerre. Ces mots effroyables sont issus d’un ouvrage de 1986 de Patrick Meney*.
Patrick Meney a obtenu un Prix Albert Londres pour son enquête sur ces tueurs sans pitié et surtout sans remords. J’ai lu ce texte à quelques jours d’intervalle d’avec celui rédigé pour la Revue Esprit par Gaspard Lundwall et intitulé « Le réel, l’imaginaire et l’internet ».
Gaspard Lundwall s’intéresse lui aux comportements des internautes, et particulièrement à leurs comportements vis-à-vis du piratage. Je ne reprendrai pas ici l’ensemble du cheminement de la pensée remarquablement articulée de Gaspard Lundwall mais je ferai miens certains de ces concepts. En effet, lorsqu’il souligne nos travers de téléchargeurs acharnés, promptes à dégainer des arguments de légitimation, je ne peux m’empêcher de penser aux snipers virtuels ( ?) qui font une partie de mon quotidien professionnel.
Snipers, bien éloignés de Marwan certes. Marwan disposait d’un fusil à lunette et d’une kalash en cas de problème. Les miens sont plus urbains, ils ont un PC pour le travail bien fait et un Iphone pour la riposte rapide. Pourtant, comme Marwan il leur arrive de faire mal, très mal… Et comme Marwan, ils n’ont pas à assumer l’intégralité de leur acte, ils peuvent nier une partie de sa réalité.
Mes snipers diffusent des photos volées de leur ancienne petite amie, créent des blogs dévoilant des vies privées, agonisent des personnalités de menaces, font des listes d’individus en fonction de leur supposée obédience religieuse, etc. Ils agissent comme des bouchers virtuels, posant des bombes chargées de leurs préjugés ou bien jouant au tireur d’élite pour punir leur amour passé.
Ils n’ont pourtant pas à assumer leurs actes. Ni vis-à-vis d’autrui, ni vis-à-vis d’eux-mêmes. Surtout vis-à-vis d’eux-mêmes…
Leur forfait accompli, ils ne leur reste qu’à refermer leur ordinateur. « Dès que la balle est partie, c’est fini ».
Telle est la banalité du Mal, à portée de souris, pour chacun d’entre nous. Bien plus grave que le téléchargement illégal, mais tout autant chargée d’inconséquence, telle est l’atteinte à l’e-réputation d’autrui. On touche ici aux limites du terme e-réputation, buzzword derrière lequel peut se cacher un honneur perdu, une intimité violée, une vie privée réduite à néant.
Je me permettrai maintenant de citer ce passage provenant du texte de Gaspard Lundwall : « l’internet est spontanément envisagé comme un réel à part, un monde en soi − une contrée hors du réel. Si l’on devait reconstituer notre représentation spontanée de l’internet, le syllogisme inconscient serait le suivant : (i) l’internaute navigue dans le « cyberespace », sur la planète Internet ; (ii) or le « cyberespace » est virtuel, hors du réel ; (iii) l’internaute navigue donc hors du réel.
Bref : si l’internet est virtuel, tout y est permis… »
Or, rien n’est plus faux, une e-réputation a des traductions des plus réelles, des plus concrètes pour les individus. Mon sniper le sait, tout comme Marwan savait qu’une fois la balle partie elle touchait bien des organes, un être de chair et de sang. Pourtant le sniper tire.
Il peut tirer car ce virtuel aux conséquences bien réelles l’absout. L’internaute sniper tire car il peut faire mal sans penser faire le Mal.
Tel est le syndrome du sniper, la capacité à accomplir l’irréparable sans se l’avouer.
L’anonymat permet seulement de se protéger du jugement d’autrui, bien plus essentiel au sniper est la couverture du virtuel. Ce virtuel qui permet de petits arrangements avec soi-même. Qui permet ne de pas se voir en pervers, en raciste, en boule de haine mais de continuer de se vivre en citoyen honnête et droit, digne de respect dans le monde réel. En effet, comme le dit Gaspard Lundwall : la plupart des téléchargeurs ne volent pas de CDs à la FNAC. Les internautes snipers ne menacent pas forcément les inconnus dans la rue, n’hurlent pas leur violence devant la porte de leur ex.
Pourtant les conséquences de leurs actes online sont bien réelles tout comme les sanctions encourues devant la justice. Il faut que nous, internautes, assumions ce rapprochement qui s’opère entre l’internet et le réel. Un rapprochement qu’on peut mesurer à l’aune de la progression des réseaux sociaux. Un facebook qui finit par couvrir la totalité des membres d’une génération, n’est-ce pas là l’éclatante illustration d’une coïncidence entre le virtuel et le réel ?
Le syndrome du sniper perdra alors de sa pertinence, et seuls les vrais « assassins » continueront de tirer.
*Je ne saurais trop vous recommander la lecture de cette compilation d’articles ayant reçus le Prix Albert Londres y compris celui de Patrick Meney : Grands Reporters – Prix Albert Londres
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Nous apprécions au quotidien individuellement et en tant que société les opportunités du Web social, nous ne pouvons cependant en ignorer les menaces.
Notre activité consiste à gérer au jour le jour pour des individus ces opportunités et ces menaces. Concernant les menaces –qui sont l’objet de ce post-, Reputation Squad possède une position et une déontologie claire : nous gérons des attaques dont il est légitime de se défendre.
Qu’est-ce qu’une attaque sur l’e-réputation d’un individu dont il est légitime de se défendre ?
Le sujet est vaste, le débat est encore à mener dans sa globalité. Je me contenterai ici d’en poser quelques jalons en praticien quotidien.
Pour ce faire, nous allons décrire ici quelques cas concrets auxquels nous avons dû faire face pour nos clients et résoudre :
1/ Usurpation d’identité :
Un jeune étudiant se fait piquer toutes ses photos de soirée par un pseudo « Friend » sur Facebook qui s’empresse de les recontextualiser dans un nouveau profil/Fan Page Facebook au nom de la victime.
Ce profil se retrouve en premier résultat Google sur la requête « Nom + Prénom » de la personne, des dizaines de connaissances le voit (plus de 40 Fans sur le profil). L’impact est désastreux pour l’étudiant qui se retrouve ridiculisé aux yeux de ses proches mais surtout aux yeux d’inconnus qui ne peuvent pas savoir si ce profil est réellement le sien ou pas.
2/ Diffusion de photos intimes volées :
Certaines personnes aiment à prendre des photos ou des vidéos très privées, elles en ont pleinement le droit dans notre beau pays. Seulement voilà, il arrive que de tels instants de vie intime soient soustraits à leurs propriétaires et jetés en pâture au x robots des moteurs de recherche.
Les images se retrouvent alors à un clic des yeux des enfants, des amis, des parents, …
Un nettoyage le plus poussé possible s’impose.
3/ Dénigrement sur des forums :
Un dirigeant de société avec 30 ans de carrière derrière lui se retrouve résumé par un post haineux d’un petit actionnaire déçu.
L’algorithme de Google récompense ce grand moment de démagogie sans fondement en le plaçant en premier résultat quand le nom du Patron est tapé. Impact d’image, suspicion immédiate des partenaires, …
4/ Insultes racistes :
No comment.
5/ Diffusion de listes « suspectes » :
Manifestation particulièrement vile de l’âme humaine, les listes des dénonciateurs circulent untel serait franc-maçon, tel autre serait scientologue…
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de s’attarder sur les relents nauséabonds de telles listes.
6/ Blog mensonger :
Déçu en amour un ex crée un blog (composé d’un post extrêmement long et détaillé pour le crédibiliser) au nom de son ancienne passion pour la traîner dans la boue. Les années passent, le blog reste.
7/ Témoin en danger :
Personne témoin dans un procès aux assises dont l’adresse du lieu de travail était présente sur la newsletter de sa ville.
J’en passe et des meilleures…
L’on pense parfois que rien ne peut être supprimé du web. Et bien oui, l’on peut obtenir la suppression de pages Internet, l’on n’est pas condamné à vivre avec la Scarlet Letter d’un Ayatollah vengeur que les victimes ne connaissent parfois même pas. Nous obtenons quotidiennement la suppression d’information sur le Web et le soulagement des victimes est réel.
Est-ce que des données restent sur un serveur à l’autre bout de la planète ? Probablement mais who cares ?
Ce qui compte pour l’employabilité ou la vie privée de ces victimes c’est avant tout que de tels liens disparaissent de leurs premiers résultats Google.
Ce n’est pas tant l’existence de telles rumeurs, mensonges, etc. qui pose problème que la capacité de Google (principalement) à les faire ressortir tout en haut de leurs pages de résultats avec la première impression dévastatrice que je vous laisse deviner.
Il est une image assez parlante à mon avis sur l’impact de Google sur certaines vies : cela reviendrait) devoir passer un entretien d’embauche ou un rendez-vous amoureux avec un individu masqué à vos côtés gesticulant et vous couvrant d’insultes.
Cette approche est destinée aux individus, pour des entreprises de nombreuses nuances sont à apporter nous y reviendrons dans un prochain billet ou plusieurs car les typologies d’entreprises n’appellent pas forcément les mêmes solutions.
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La presse s’est récemment emparée d’un fait divers relatif à la réputation en ligne autour du groupe Eurotunnel. Nous ne rentrerons pas dans les détails de cette affaire ici, cependant elle est symptomatique de notre époque.
En effet, nombreuses sont les personnes qui profitent de l’anonymat qu’offre ou plutôt semble offrir Internet pour se répandre en médisances, insultes et autres calomnies envers leur entourage, leurs partenaires commerciaux, patrons employés, professeurs… La liste serait sans fin.
Il s’agit donc plus que jamais de veiller à sa bonne réputation mais également à celle des autres. Le vieil adage s’applique ici et il s’agit bien de ne pas faire aux autres ce que vous n’aimeriez pas qu’il vous fasse.
Il n’y a rien à gagner à se répandre sur les forums, sites et autres réseaux sociaux. La vie virtuelle est décidément de moins déconnecter de notre vie réelle et tout ce que nous y faisons aura un impact sur notre quotidien.
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